Étirement du corps et calme de l’esprit

Savez-vous parler le langage du corps ? Entendre et comprendre les messages qu’à tout instant il vous délivre ? Douces sensations, douleurs fugitives, fatigue persistante… c’est en silence mais avec précision que s’exprime notre plus fidèle compagnon. En bon lanceur d’alerte, notre corps envoie les premiers signaux avant que, peut-être, ne s’installent le mal-être ou la maladie. Les accidents et les symptômes (du grec « coïncidence » !), s’ils font écho à nos vies, peuvent nous conduire à nous interroger sur l’état global de notre santé et à redresser la barre. Les origines psychologiques et symboliques des maladies intéressent désormais les chercheurs.

Rien encore de scientifiquement prouvé, mais là où les études manquent, les expériences concordent, les patients témoignent. Fasciathérapie, kinésiologie, massages ou danse-thérapie… de nombreux thérapeutes explorent la mémoire intelligente engrangée par nos gènes, notre peau, nos muscles, nos mouvements. Leur éthique et leur rigueur sont toujours à vérifier mais l’intuition reste juste : les maux du corps se font l’écho, au plus profond, de nos émotions et de nos blessures de vie. Les événements de notre histoire personnelle sont comme imprimés dans notre organisme. Ce lien corps-esprit, passerelle entre la vie psychique et l’organisation corporelle, interroge depuis toujours les soignants : sages de l’Antiquité et médecins traditionnels chinois cherchaient déjà avant notre ère à relier les organes aux émotions. « Le langage du corps, observait le metteur en scène russe Constantin Stanislavski, est la clé qui peut déverrouiller l’âme. »

On parle volontiers aujourd’hui de « conscience corporelle », comme d’une seconde perception du monde. Dans une société de technologie virtuelle,
dotée d’une médecine de plus en plus cérébrale, ce « déverrouillage » nécessite de notre part un nouvel apprentissage. Celui peut-être auquel
nous initie le yoga, en vogue en ce printemps, pratique corporelle traversée par le souffle mais aussi par une éthique de la personne « ancrée dans la non-violence, la vérité, le détachement, l’engagement, l’étude », comme le souligne Ysé Tardan-Masquelier. Un apprentissage de l’étirement du corps qui ouvre à la plénitude reconquise de l’esprit.

Elisabeth Marshall
Rédactrice en chef

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