Stimuler notre cerveaux

La connaissance de l’architecture cérébrale éclaire la psychologie humaine. Le neurobiologiste Pierre-Marie Lledo nous donne des clés pour comprendre notre cerveau, à la lumière des récentes découvertes sur l’organe le plus complexe de la nature.

Organe en perpétuel éveil, le cerveau est reconfigurable à l’infini. Inachevé à la naissance, il poursuit son développement tout au long de la vie, s’adaptant et se régénérant en fonction de son environnement et des stimulations (curiosité, relation aux autres) que chacun lui procure.

Que connaît-on de l’évolution du cerveau humain ? 

On connaît aujourd’hui entre 5 et 10 % du fonctionnement du cerveau. L’être humain en sait bien plus sur les fonds océaniques ou sur l’organisation des systèmes planétaires que sur son propre cerveau. Celui-ci est donc une terra incognita, un nouveau monde à découvrir. Une partie se construit in utero, et l’autre partie lors de la confrontation avec l’environnement. Ce point est important puisque la spécificité du cerveau humain, c’est qu’il va avoir un développement retardé, contrairement aux autres animaux, et que la majorité de la construction va s’effectuer lors de la confrontation avec le monde extérieur. Je suis né dans un milieu français, et j’ai appris le français. Mon cerveau n’avait pas été programmé à cela, mais cela s’est fait normalement.
Si j’étais né en Chine, j’aurais acquis le mandarin aussi facilement. Pourquoi ? Parce que rien n’est programmé et que tout est construit en fonction des informations acquises. Cette aptitude à capter et à utiliser l’information n’est pas le propre du cerveau en devenir d’un enfant, mais existe aussi chez l’adulte. Un cerveau est un organe malléable, qui évolue avec vous.

Comment l’a-t-on découvert ?

Il a fallu attendre 1865 pour que l’homme découvre que son cerveau était constitué de cellules qui sont des briques élémentaires, par lesquelles celui-ci est en action. Entre-temps, et notamment dans les premiers siècles après Jésus-Christ avec la chrétienté, l’homme s’est totalement égaré dans la connaissance du cerveau. On pensait ainsi que l’âme siégeait dans le cœur. Que le cerveau était une pompe et que les nerfs acheminaient des liquides. Et voici qu’avec l’émergence de l’industrie chimique, de nouveaux produits vont être créés, notamment les sels d’argent, employés en photographie. Ils vont être utilisés sur des coupes de cerveaux de cadavres et, de façon miraculeuse, vont imprégner sélectivement certaines cellules et pas d’autres. Au lieu d’avoir une masse noire, on se retrouve avec des éléments qui vont prendre la forme d’un arbre (corps cellulaires avec ramifications) : une des particularités des cellules parmi les plus précieuses de notre cerveau, les neurones, dont l’arborisation montre que leur seule vocation est la communication. Quelle belle preuve de sérendipité (découverte inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit) !  […]

Par le Docteur Pierre-Marie Lledo,
Neurobiologiste, Directeur de recherche au CNRS et à l’Institut Pasteur

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