Le savoir botanique

Sur les hauteurs du Vieux-Québec, un monastère, converti en musée et centre de santé, garde les trésors des « apothicairesses », ces soignantes audacieuses et novatrices qui ont consigné leur art du soin avec méticulosité.

Une pointe de thuya pour purifier l’air, une senteur de lavande pour une bonne nuit, un effluve de bergamote pour équilibrer l’esprit. C’est un parfum subtil et de saison qui imprègne les couloirs et les chambres de ce monastère du XVIIIe siècle, reconverti en centre de santé. Les senteurs douces mêlées à la chaleur boisée de ce lieu chargé d’histoire accueillent le visiteur en quête de repos de corps et d’esprit. Tout à l’heure, après le repas pris au restaurant biologique, ce seront les vapeurs des tisanes de l’apothicairesse qui viendront chatouiller nos narines. « Douceur » (lavande et camomille), « harmonie »
(rose et guimauve), « compassion » (hysope et thym) ou « espérance »(fenouil et ginseng) : à chacun son mélange selon le besoin du moment. « Prendre soin des corps et des âmes » pour assurer une continuité, c’était la demande formulée par la communauté des augustines lorsqu’elles ont transmis, voici quatre ans, le monastère au Québec et à sa population. « Tout comme ces femmes étaient depuis 400 ans au chevet des malades, explique Imane Lahlou, directrice du département de santé globale, nous, laïcs, animateurs de ce lieu, sommes à l’écoute de nos contemporains anxieux et fatigués. Notre projet : les guider vers la présence à soi, la détente, le sommeil, la vitalité, la santé au quotidien. » Éveil corporel, yoga, relaxation… pas moins d’une centaine de thérapeutes et accompagnateurs de santé proposent, en alternance tout au long de l’année, pratiques corporelles et ressourcement spirituel, ateliers méditation, art ou herboristerie.

Inspirées de la nature

« En tenant compte des nouvelles recherches en nutrithérapie, des études scientifiques sur la santé globale, notre centre se veut très contemporain, précise Imane, et en même temps proche d’une vision simple, inspirée de la nature, telle que la cultivaient les augustines, ces soignantes audacieuses et novatrices. » Car pour comprendre l’esprit du lieu, il nous faut remonter en 1639, quand, un jour de mai, trois jeunes religieuses infirmières, répondant
à l’appel de Louis XIII pour la Nouvelle-France, embarquent sur une goélette à La Rochelle. Dans leurs bagages, un mortier, un pilon et des herbes médicinales. C’est tout un savoir botanique français qui, à travers les « apothicairesses », ces religieuses formées de génération en génération à la connaissance des plantes et à la préparation des remèdes naturels, va gagner la colonie d’outre-Atlantique et se transmettre dans les 12 hôpitaux-monastères, les « hôtels-Dieu » créés en quatre siècles au Québec. Précédées par l’apothicaire parisien Louis Hébert, venu s’installer avec toute sa famille, les jeunes augustines, après trois mois de traversée, affronteront l’insécurité et les forêts glacées pour soigner colons et Amérindiens. « Dans leur
officine, on trouve au tournant du XVIIIe siècle les meilleures encyclopédies du moment, tel le traité du célèbre apothicaire Nicolas Lémery (1699), raconte Catherine Gaumond, ex-directrice du musée du Monastère. Les apothicairesses entretiennent aussi une correspondance avec les jardins botaniques royaux de Paris et reçoivent régulièrement par bateau semences et ingrédients – végétaux, racines, graines, feuilles, fleurs –, parfois venus d’Asie, que leur envoient les herboristeries françaises. » […]

Texte Elisabeth Marshall
Reportage photo Benoit Brühmüller

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